01.07.2001 10:39 Il y a : 19 yrs
Catégorie : Expositions passées

Picasso, Klee, Dubuffet...
Collection Jean Planque

du 1er juin au 26 août 2001


La Fondation de l’Hermitage accueille cet été la première présentation publique de la collection Jean Planque, une importante collection privée suisse. Ami des peintres, peintre lui-même, conseiller de la galerie Beyeler à Bâle durant plus de quinze ans, Jean Planque (1910-1998) a réuni au fil du temps un ensemble d’œuvres exceptionnelles, confiées aujourd’hui au soin de la Fondation Jean et Suzanne Planque à Lausanne.

Admirateur inconditionnel de Cézanne, Planque s’intéressa aussi à Degas, Monet, Van Gogh, Gauguin et Redon, ainsi qu’à Bonnard, Dufy et Rouault. La génération cubiste - Picasso, Braque, Gris, Léger constitue l’un des points forts de sa collection, qui culmine avec un vaste ensemble de tableaux de Picasso. Planque nourrissait par ailleurs une profonde estime pour ses compatriotes Auberjonois et Hans Berger. Parmi les artistes d’après-guerre, il rencontra De Staël, Bissière, Tapiès ou encore Sam Francis. Il fut surtout lié à Dubuffet, dont il rassembla des œuvres majeures.

Le caractère spécifique de cette collection tient non seulement à la qualité élevée des œuvres, mais à la grande cohérence qu’elle révèle entre chaque pièce. Elle est le fruit d’un regard enthousiaste sur la peinture moderne, d’un regard soucieux de comprendre un art qui s’est efforcé pendant plusieurs décennies de changer les habitudes de voir, de briser les normes établies par la tradition; d’un regard clairvoyant, enfin, celui d’un amateur passionné qui confiait: "J’ai brûlé pour les tableaux".
    

BIOGRAPHIE DE JEAN PLANQUE

1910
Le 7 juillet, naissance de Jean Planque à Ferreyres dans le canton de Vaud. Il est le seul garçon d’une famille de six enfants.

1921-1925
Les Planque s’installent près de Mont-sur-Rolle. Jean se montre peu assidu à l’école. Mis en pension à Genève, il travaille comme magasinier.

1925-1929
Il suit les cours de l’Ecole de Commerce de Lausanne, où il obtient à dix-neuf ans un diplôme. Sur le chemin de l’école, il découvre la peinture moderne: dans la vitrine de la galerie Vallotton, un bouquet de roses de Renoir "dont il ignore jusqu’au nom" l’émerveille au point qu’il franchit le seuil pour en demander le prix. Il en est scandalisé, et plus encore par le prix d’une petite toile de Cézanne qui lui semble inachevée.

1929-1931
Planque part pour Bâle où il a trouvé du travail dans une compagnie d’assurances. Il apprend le piano et se met à l’aquarelle, guidé par Walter Schüpfer, peintre et musicien, qui lui fait connaître les musées et les artistes bâlois. Il aperçoit dans la vitrine d’un marchand des aquarelles de Klee qu’il prend pour des dessins d’enfant. La révélation de cet art transforme complètement son approche de la peinture.

1933-1934
Retour dans sa famille pour cause de faillite de son employeur.

1936
Sa mère étant brusquement décédée, il assume la charge de sa famille. Il exerce plusieurs métiers, notamment celui de voyageur de commerce au service d’un fabricant d’aliments pour bétail.

1939-1945
Dès le début de la guerre, il développe la vente de chaux utile aux paysans. Excellent vendeur, il obtient ainsi des redevances qui lui permettent de ne travailler qu’à temps partiel.

Installé dès 1942 à Ouchy, il rencontre René Auberjonois, Charles-Albert Cingria, Lélo Fiaux, Henry-Louis Mermod. Il fait également la connaissance de l’éditeur Albert Skira, qui a ouvert une galerie à Genève, et auprès duquel il achète quelques tableaux importants pour le compte d’un ami.

1945
A la fin de la guerre, il met au point avec un ami chimiste un concentré révolutionnaire pour nourrir les porcs. La commercialisation du produit lui assure une rente.

1946
Voyage en Italie. La même année, il pousse par hasard la porte de la galerie Tanner à Zurich avec laquelle il accepte de collaborer quelques mois.

1948-1951
Grâce aux bénéfices de son invention, Planque s’installe en Provence sur les traces de Cézanne, le peintre qu’il admire le plus.

1951-1952
Il rejoint Paris et suit avec assiduité l’école de la Grande Chaumière, visite les musées. Il ressent une profonde émotion devant des toiles abstraites de Manessier. Nouvelle révélation: il comprend qu’il a perdu son temps et décide de se rattraper en fréquentant désormais les galeries de peinture contemporaine.

1952
Rencontre Suzanne Cizey, modiste, qui devient sa compagne.

1954
Son invention ne pouvant être brevetée, il se retrouve brutalement dans l’obligation de gagner sa vie. En août, il se rend à Bâle, où son ami Schüpfer lui suggère d’aller voir Ernst Beyeler, lequel, ayant repris une galerie, pourrait avoir besoin de ses services. C’est le début d’une collaboration qui durera jusqu’en 1972.

1955-1956
Jusqu’alors réticent, il est brusquement fasciné par les tableaux de Dubuffet.

1957
Dubuffet demande à rencontrer Planque et Beyeler. Il en résulte une association pour la vente exclusive des lithographies de l’artiste. Planque fait également la connaissance de nombreux peintres comme Sonia Delaunay, Bazaine, Bissière, Clavé, Hantaï, Hans Berger, Kosta Alex, avec lesquels il tisse des liens d’amitié.

1958-1959
Planque participe aux travaux de lithographe de Dubuffet qui lui fait de plus en plus confiance.
Rencontre Tobey et Sam Francis.

1960
Le jour anniversaire de ses cinquante ans, première rencontre avec Picasso, auquel il est venu apporter un portrait de Cézanne.

1962
Dubuffet se retrouvant sans marchand, Planque propose que la galerie Beyeler se charge de la vente des tableaux en Europe et que la galerie Jeanne Bucher assure le même rôle à Paris. Rencontre Giacometti, avec lequel il aura plusieurs entretiens.

1963
Rend visite à Aloïse dans son asile de La Rosière, près de Gimel.

1964
Prépare avec Dubuffet la grande exposition au Palazzo Grassi de Venise où L’Hourloupe est présentée pour la première fois au public.

1965-1966
Se rend à plusieurs reprises chez Picasso.

1967
Sur un prétexte futile, Dubuffet lui retire sa confiance. Cette rupture affectera Planque durement, jusqu’à leur réconciliation en 1973.

1972
Malade, Planque se réinstalle à Morges et met fin à son activité auprès de la galerie bâloise, tout en restant pour Beyeler un conseiller précieux. Il commence à rédiger ses mémoires et se remet assidûment à la peinture.

1981
Il emménage à La Sarraz, petite ville proche de son village natal de Ferreyres, où il vit entouré de ses tableaux et fait tous les jours ses gammes de peinture.

1995
Mort de Suzanne Planque, le 3 septembre.

1998
Il crée en janvier la Fondation Jean et Suzanne Planque. Jean Planque meurt le 27 août.