26.01.2001 10:48 Il y a : 20 yrs
Catégorie : Expositions passées

Jawlensky en Suisse (1914 -1921)

du 26 janvier au 13 mai 2001


Cette exposition se concentre sur les années 1914 à 1921

qu’ Alexej von Jawlensky (1864-1941) passa en Suisse. Décisives pour l’évolution de l’œuvre de l’artiste russe, ces années le voient se détacher de la forme expressive de ses premiers travaux pour trouver un mode de figuration empreint d’intériorité. C’est en effet entre Saint-Prex, Zurich et Ascona que Jawlensky inaugure ses fameuses séries de variations sur le paysage et le portrait, qui le conduiront aux confins de l’abstraction.
Organisée en partenariat avec le Kunsthaus Zürich et le Wilhelm Lehmbruck Museum à Duisbourg, cette exposition présente une centaine d’œuvres du peintre et des artistes qu’il a rencontrés pendant son séjour en Suisse: Arp, Hodler, Janco, Klee, Lehmbruck, Richter et Taeuber-Arp. Plusieurs d’entres eux montrent, dans la conception et la forme de leurs œuvres, d’étonnantes correspondances avec l’évolution de Jawlensky à la même époque.  

L’exil en Suisse de Jawlensky pendant la Première Guerre mondiale provoque une réorientation capitale de son œuvre, comme il l’explique lui-même dans ses mémoires: "Au début, je voulais continuer de travailler à Saint-Prex comme je l’avais fait à Munich. Mais quelque chose dans mon for intérieur m’empêchait de peindre des tableaux colorés et sensuels. Tant de souffrance avait changé mon âme, et il me fallait trouver d’autres formes et d’autres couleurs pour exprimer ce qui l’agitait." L’atmosphère tranquille de Saint-Prex est propice à une remise en cause profonde de sa pratique picturale et à l’inauguration d’une nouvelle démarche: la création sérielle. Entre 1914 et 1921, Jawlensky s’engage dans quatre séries majeures: les Variations, les Têtes mystiques, les Faces du Sauveur et les Têtes abstraites.

LES ANNEES SUISSES DE JAWLENSKY

Les Variations, série qui initie cette démarche, prennent encore pour modèle une réalité extérieure: le paysage vu depuis sa fenêtre à Saint-Prex. Mais bientôt, les éléments qui composent ce fragment de nature - arbres, chemin, maison, ciel - se réduisent à de simples taches de couleur. La réalité est reléguée au second plan pour céder la place à une expression plus personnelle. Les indications schématiques, sans cesse répétées, deviennent un témoignage de l’intériorité et des états d’âme de l’artiste. Les œuvres ne se distinguent alors plus que par leurs nuances chromatiques et formelles.

Avec les Têtes mystiques, Jawlensky s’affranchit de la conception traditionnelle du portrait. Le visage, encadré de boucles noires, s’inscrit dans un ovale - forme déjà observée dans les Variations - d’où se détachent des yeux en amande grand ouverts. Ces traits expressifs deviennent pour Jawlensky un visage prototype qu’il va décliner par un jeu de taches de couleurs associées et superposées. Toujours plus stylisés, ces visages montrent une dignité et une solennité accentuées par leur disposition symétrique et leur frontalité. Nobles et dépouillés, ils sont investis des valeurs psychologiques et spirituelles de leur auteur et de sa croyance en un "tout" à la fois humain et divin.

Les Faces du Sauveur s’inscrivent dans la continuité de la série précédente. Les couleurs ardentes des Têtes mystiques cèdent la place à des nuances plus délicates qui confèrent une transparence et une marque divine à ces visages aux yeux parfois clos. Ainsi les formes circulaires apposées sur le front évoquent le symbole de sagesse des représentations bouddhiques. Proches des icônes, par leur posture et l’efficacité de leur message artistique, ces tableaux échappent à la réalité tangible.

Les Têtes abstraites, inaugurées à Ascona, sont composées de formes courbes et rectilignes modelées par des teintes subtilement graduées. La première œuvre de la série, Forme originelle (Urform), se conçoit comme un modèle dont Jawlensky dégagera les aspects essentiels pour mieux se rapprocher d’un archétype. Le visage en U devient le réceptacle d’un monde intérieur où convergent le spirituel et le religieux. Les taches colorées sur le front ou à la hauteur de la bouche décrivent un arc-en-ciel ou des symboles cosmiques, tels que le soleil et la lune.

Les Variations, les Têtes mystiques, les Faces du Sauveur et les Têtes abstraites ne sont pas à considérer isolément mais avec en mémoire le souvenir des travaux précédents. Jawlensky est le seul artiste de son époque à avoir renoncé aussi radicalement au caractère unique du chef-d’œuvre. Chaque œuvre devient la source d’inspiration du travail en cours. C’est pourquoi Jawlensky continuera à peindre des Variations après avoir quitté Saint-Prex. Variation: Mystère (Geheimnis), sa dernière variation, est peinte en 1921 alors qu’il séjourne à Ascona. Au-delà de la notion de chef-d’œuvre singulier, la répétition nuancée du même motif confère de l’amplitude et de la pérénité à l’acte de peindre. Le tableau n’est plus une œuvre unique et immuable mais le prolongement de l’acte pictural.

JAWLENSKY ET SES CONTEMPORAINS

 

Durant les sept années que Jawlensky passe en Suisse, il développe des contacts privilégiés avec de nombreux artistes. Arp, Hodler, Janco, Klee, Lehmbruck, Richter et Taeuber-Arp montrent, dans la conception et la forme de leur œuvre, d’étonnantes correspondances avec l’évolution de Jawlensky à la même époque. Le dialogue entre les peintures, dessins ou sculptures de ces artistes révèle la richesse de leurs échanges et restitue l’importance des recherches effectuées par Jawlensky au cours des années passées en Suisse.