07.07.2000 10:54 Il y a : 20 yrs
Catégorie : Expositions passées

Eugène Boudin
A l’aube de l’impressionnisme

du 7 juillet au 15 octobre 2000


Peintre du ciel et de l’eau, Eugène Boudin (1824 -1898) est célèbre pour ses paysages de la côte normande, ses marines et ses scènes de plage.

Cette exposition, la première en Suisse, a été organisée en partenariat avec la Fondation Langmatt à Baden. 

 Elle propose une soixantaine de peintures et une vingtaine de dessins, pastels et aquarelles de Boudin, ainsi qu’une sélection d’œuvres d’artistes contemporains, parmi lesquels Corot, Courbet, Daumier, Jongkind et Monet.
Les œuvres proviennent pour la plupart de collections privées suisses et étrangères. Ce noyau est enrichi de prêts de collections publiques (Musée d’Orsay, Musée de Honfleur, Musée du Havre, Kunsthaus de Zurich,
Kunstmuseum de Saint-Gall,
Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, etc.). 

REPERES BIOGRAPHIQUES
Né en 1824 dans une famille de marins de Honfleur, Boudin est attiré dès son plus jeune âge par la peinture et par la mer. Conjugant ses deux passions, et poussé par des artistes déjà reconnus comme Millet et Isabey, il quitte de bonne heure sa boutique de papeterie pour se consacrer exclusivement à la peinture. 

Très vite, l’artiste prend conscience de l’importance du travail sur le motif, et consacre ses journées à peindre en plein air. Fasciné par la lumière et ses effets changeants sur le paysage, il cherche à capter la poésie du ciel et de l’eau. Le peintre Corot ne le surnommera-t-il pas le "roi des ciels"? Contrairement aux artistes qui privilégiaient l’aspect menaçant de la mer, Boudin s’attache à décrire l’animation tranquille des ports et des marchés, ainsi que les activités quotidiennes des pêcheurs, dans des oeuvres souvent de petit format, empreintes de délicatesse et de légèreté. 

En 1858, Boudin fait la rencontre du jeune Claude Monet au Havre et l’initie à la peinture de plein air. Monet gardera toute sa vie une profonde reconnaissance envers son ancien maître, allant jusqu’à déclarer "Si je suis devenu peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois". L’influence que Boudin exercera sur la démarche des impressionnistes est profonde, à tel point que l’on peut à juste titre le compter parmi les précurseurs de ce mouvement. Jouissant de la considération de ces artistes, il sera invité à participer à la première exposition des impressionnistes chez Nadar à Paris en 1874.

L’enthousiasme de Charles Baudelaire et l’hommage qu’il rédige en 1859 sur son art contribuent largement à lancer la carrière de Boudin. Dès les années 1860, l’artiste se tourne vers de nouveaux sujets. Le développement du chemin de fer a amené les bourgeois et les élégantes de Paris jusqu’aux plages de Normandie, favorisant la création des premières stations balnéaires, et mettant à la mode les bains de mer. Négligeant le côté anecdotique, Boudin profite de cet engouement pour décrire en notations rapides et en touches colorées les plages peuplées d’enfants et d’élégantes en crinolines, donnant plus d’importance aux jeux de lumière qu’aux personnages eux-mêmes.

 Etabli à Paris dans la seconde partie de sa vie, Boudin retourne tous les ans dans sa Normandie natale, source constante d’inspiration. En quête de nouveaux paysages, il fait également des voyages en Bretagne, à Bordeaux, dans le Midi, en Belgique et en Hollande, ainsi qu’à Venise. Jusqu’à sa mort en 1898, Boudin sera animé par le souci de restituer la complexité des atmosphères marines. Il laissera un corpus de près de 4’500 tableaux, et au moins autant de dessins, aquarelles et pastels.

LES BAINS DE LA MER A L’EPOQUE D’EUGENE BOUDIN
C’est en Angleterre vers le milieu du XVIIIe siècle que la mode des bains de mer prend véritablement naissance. Cette activité est tout d’abord vue uniquement sous un angle thérapeutique. En effet, de nombreuses publications médicales de l’époque vantent déjà les bienfaits de l’immersion dans l’eau de mer, et donnent des indications précises quant à l’application du traitement. Contrairement à l’eau de la Méditerranée, dont la tiédeur suspecte rappelle les risques de malaria encourus en Italie, l’eau froide de la Manche et de la mer du Nord est déjà connue pour vivifier et assainir l’organisme. Sur les plages de Brighton, où le Prince de Galles a fait construire le Pavillon royal, les jeunes nobles s’élancent sans crainte dans les flots dès la fin du siècle. Importée sur le continent par les Français émigrés en Angleterre pendant les troubles de la Révolution ainsi que par les touristes anglais, cette mode prendra un essor considérable au cours du XIXe siècle. 

Presque toutes les stations balnéaires anglaises et françaises ont pu bénéficier au départ de la présence d’un membre de la famille royale, comme c’est le cas à Dieppe dès 1824 grâce à la duchesse de Berry, autour de laquelle gravite tout un cercle de nobles et de personnalités à la mode. Sous le Second Empire, l’essor économique du pays favorise le développement des liaisons ferroviaires. Dès les années 1860, la Compagnie des chemins de fer de l’ouest ouvre des lignes entre la capitale et la côte normande, permettant ainsi à un public de plus en plus nombreux de profiter des plaisirs de la mer. La transformation de villages de pêcheurs comme Trouville en centres de villégiature en est dès lors accélérée. Hôtels, villas, casinos et champs de course ornent petit à petit le front de mer et permettent aux estivants de recréer un mode de vie semblable à celui de la capitale. La vie quotidienne est rythmée par la visite du port, la déambulation et la conversation le long de la plage, la baignade, les exercices après le bain et les bals.

La baignade elle-même, et la tenue des dames en particulier, fait l’objet de réglementations strictes. Ainsi à Trouville en 1857 la plage est séparée en trois secteurs: un pour les hommes, une pour les femmes, et une zone mixte accessible aux baigneurs des deux sexes, pour autant qu’ils soient couverts du cou jusqu’aux genoux.
Il est déjà possible de louer pour la journée des cabines de toile, des chaises, des serviettes ainsi que des cabines de bain tirées par des chevaux, qui permettent de se déshabiller à l’abri des regards et d’entrer directement dans l’eau à mi-corps.

A l’exception de certains autochtones, les amateurs de bains de mer de l’époque ne savent pas nager. Les dames ont donc souvent recours aux services de baigneurs, qui doivent empoigner leur cliente à bras le corps pour l’immerger dans les flots. La technique de la brasse se perfectionne peu à peu et commence à s’enseigner à Paris vers le milieu du siècle.
Dans ses dessins humoristiques des années 1840 et 1850, destinés au journal Le Charivari, Honoré Daumier n’a pas manqué de décrire avec verve cette activité à la mode, pratiquée à la fois à Paris dans la Seine et sur les plages normandes et bretonnes.